— FFP s’enracine au-delà de l’héritage familial

FFP s’enracine au-delà de l’héritage familial.

  07 décembre 2020
FFP dans la presse
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Thomas Loeillet, Capital Finance, 7 décembre 2020

La société d’investissement de la famille Peugeot poursuit sa diversification. En mai 2020, elle a d’ailleurs, pour la première fois, confié sa direction à une personne extérieure à la famille avec Bertrand Finet.

FFP incarne l’esprit même du family office. Depuis sa création en 1929, la société familiale d’investissement fait prospérer de génération en génération le patrimoine hérité des frères Peugeot, fondateurs en 1810 de l’entreprise qui deviendra le quatrième plus important groupe automobile au monde après sa fusion avec FCA. Si la société est cotée depuis 1989, d’abord à la Bourse de Nancy et aujourd’hui sur le compartiment A d’Euronext Paris, elle reste détenue à 80 % par les membres de la famille, via Etablissements Peugeot Frères. Longtemps, FFP est restée centrée sur sa participation dans PSA. Elle ne disposait que de 200 M€ d’actifs hors du constructeur automobile au début des années 2000. Depuis lors, la société d’investissement s’est fortement diversifiée sous la direction de Robert Peugeot, arrière-petit-fils et homonyme du fondateur du groupe. Arrivé à la tête de FFP en 2002, celui-ci va pousser la holding à prendre des participations minoritaires de long terme dans des groupes tels que Taittinger et Lisi (2002), Seb et Linedata (2004), ou encore Sanef et Zodiac Aerospace (2006). Ainsi, il parviendra à développer la société d’investissement largement au-delà de PSA – dont la participation familiale au capital ne représente aujourd’hui plus que de 12 %, contre 26,5 % il y a dix-huit ans.

Mais Robert Peugeot est surtout à l’origine d’une petite révolution. Il va pousser au recrutement en 2016 de Bertrand Finet en tant que DG délégué, qui deviendra, en mai 2020, la première personne extérieure à la famille à prendre la direction générale de FFP. « La transition managériale a été harmonieuse avec Robert Peugeot, qui conserve la présidence, et les relations avec la famille restent fortes. Cela fait d’ailleurs partie de mes prérogatives puisqu’il s’agit en grande partie de leur capital, explique l’ex-directeur exécutif de Bpifrance chargé de l’activité mid et large cap. Le challenge était intéressant, car il m’a donné les moyens de déployer une feuille de route ambitieuse afin de poursuivre la diversification, notamment dans le private equity et les co-investissements.» Bertrand Finet se sent aussi proche des valeurs de ce family office qui trouve sa source dans le même territoire qui l’a vu naître. L’homme passé par 3i, CVC ou encore Candover est d’ailleurs né dans la même clinique de Belfort que Robert Peugeot…

3,5 Md€ d’actifs hors PSA

Bertrand Finet va très vite renforcer les équipes de FFP pour asseoir les ambitions de diversification en recrutant 20 personnes entre le front et le middle office. Cela va notamment permettre aux actifs gérés hors PSA de passer de 2,3 Md€ à 3,5 Md€ entre 2016 et 2019. Sans surprise, Bertrand Finet pousse les feux dans le private equity. Il structure d’abord l’investissement dans des fonds, dont le poids sera multiplié par trois entre fin 2016 et juin 2020. FFP investit aujourd’hui en rythme annuel 120 M€, en étant plus sélectif sur le nombre de GPs pour améliorer les relations. L’objectif étant de gagner plus de co-investissement, sachant que la holding peut engager, en ce sens, des tickets allant de 15 à 25 M€. Les liens renforcés avec PAI Partners lui ont par exemple permis d’être invité à ses côtés dans Asmodée. De même, FFP a confié 160 M€ à ArchiMed afin d’accéder aux entreprises amenées à constituer le fonds Med Platform I. « Nous avons aussi beaucoup investi aux Etats-Unis dans le growth capital, avec désormais une douzaine de relations avec des fonds actifs dans la tech, développe Bertrand Finet. Plus récemment, nous avons initié des diversifications vers l’Asie. C’est un territoire d’avenir et nous devons donc nous y intéresser en tant que gérant d’un capital familial de long terme. » L’immobilier est aussi amené à prendre du poids au sein de FFP, tant via des participations dans le capital de foncières que dans des fonds, dont ceux de Tikehau ou de LBO France. « PSA va rester au coeur de la stratégie, car cela fait partie de l’ADN familial de FFP, assure son DG. Nous avons d’ailleurs conclu un equity swap en mars dernier afin de nous renforcer à hauteur de 2 % du capital. » Les participations minoritaires dans des entreprises cotées demeurent aussi un pilier important. Si la vocation du family office est plutôt d’être un actionnaire de long terme, Bertrand Finet souhaite « jouer » la volatilité des marchés pour assurer de bonnes performances. Cela l’a récemment poussé à revendre un tiers des actions Safran (héritées de la fusion avec Zodiac) après la récente remontée du titre, signant ainsi un TRI de l’ordre de 14,4 % sur cette opération. Car plus que de faire perdurer l’héritage des frères Peugeot, l’objectif est de le faire prospérer en cherchant un TRI supérieur à 10 %.

THOMAS LOEILLET